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Bin ich ein Berliner ? février à Berlin

Berlin. Février. Une température qui oscille entre -5 °C et 2 °C, ciel plutôt dégagé. Quelques jours à dériver dans la ville. Je marche entre les différents points notés sur ma carte. Ces lieux touristiques connus ou non, et entre, pour s’y rendre, ces rues peuplées de bâtiments récents pour la plupart. Le froid, le travail, les études ont vidé les avenues.

J’ai quelques jours, entre visite et travail, la frontière est mince. C’est pour ça que j’aime et critique la photo : pour créer, il faut être sensible, être dans l’instant. La photo ne coupe pas du monde, elle oblige à y être pleinement. Mais elle coupe des autres qui nous accompagnent, il s’agit donc de savoir où placer le curseur.

L’objectif, sur une courte période de temps, est de saisir la personnalité urbaine des villes explorées. Ce temps où dériver entre deux points permet de commencer à comprendre un espace urbain, du moins de s’en faire une idée. Car pour vivre une ville, il faut des années. Mais quelques jours, en gardant trois points en tête, permettent de saisir le caractère d’une métropole:

1. La ville existe avant d’y arriver, le Berlin auquel je pense est déjà une cité, une ville de l’imaginaire, mais un imaginaire réel. Car la construction culturelle oriente nos manières de voir l’espace lorsqu’on y est. Pensez à Miami ou bien Tokyo, d’où viennent les images que vous avez en tête ?

2. La ville existe sur le moment, lors de son exploration, elle est là, mais on ne la voit jamais telle qu’elle est. On la voit avec l’imaginaire que l’on a d’elle. Il n’y a que par une exploration sensible, autrement dit une forme d’ouverture au monde et de rejet conscient ou non de nos préjugés, que l’on peut approcher au mieux la réalité.

3. La ville existe ensuite par l’addition des deux premiers points. Le paysage urbain est constitué de nos imaginaires et de notre exploration. Ils vont tous deux créer une image mentale, un souvenir de la ville en question. Ce souvenir peut être aussi physique, comme des vidéos, et dans mon cas, des photographies.

Ainsi, l’image que j’avais de Berlin était celle d’une ville neuve, construite dans l’objectif de satisfaire des ambitions autoritaires, puis des ambitions politico-sociales nécessaires à la reconstruction d’un espace détruit par les deux guerres mondiales. Un lieu qui, pendant des décennies, a été divisé en deux et où se sont cristallisées les tensions de la Guerre froide. Mais qui, après la chute du mur, a aussi permis l’émergence d’une large vague contestataire et anticonformiste. Une ville dotée de nombreux parcs et lieux permettant de s’arrêter sans pour autant consommer et qui, de fait, permettent un usage de l’espace plus diversifié.

Je venais d’être majeur la première fois que j’y allais, j’avais ces souvenirs de jeunesse en tête quand j’y suis retourné. Pour m’y être rendu la première fois au printemps, je dois dire que je n’avais pas été déçu par rapport à mes attentes. Aujourd’hui, est-ce les souvenirs que j’en ai qui ont été tronqués, ou bien est-ce la décennie qui s’est écoulée, mais cette fois Berlin m’a semblé différente. 

Bien sûr, l’hiver joue un rôle dans cette considération. La ville, en ce mois de février, m’a semblé plus que jamais tournée vers une fonction productive et consommatrice. Ses bâtiments, aux allures minérales, gris, récents, construits parfois par des régimes autoritaires, ses avenues larges, en ont fait un espace où l’aspect contestataire s’est vu institutionnalisé, récupéré par le pouvoir afin de la pacifier.

Le printemps verra fleurir des usages de la ville moins conformes, j’en suis sûr. Mais les quartiers de la capitale, notamment l’est, qui étaient occupés par de nombreux squats et projets alternatifs, se sont peu à peu embourgeoisés. Les espaces urbains sont toujours le reflet des pouvoirs en place. Berlin n’y fait pas exception, et le meilleur moyen de calmer des élans contestataires est de les institutionnaliser et non de lutter contre. Sur un tout autre registre, pensez au milieu de la nuit à Berlin, à la fête, à la façon dont cette dernière est peu à peu devenue une institution ultra-codifiée et conformisée.

En plein mois de février, j’ai essayé, par mes photos, de mettre en avant cette ville neuve. Tout comme les autres capitales européennes, le pouvoir met en place un récit historique entre les différents lieux touristiques qui ici font écho aux événements du siècle dernier. Une cité-musée où l’on dérive entre deux points mis en scène, en s’étonnant de la grandeur des bâtiments et d’un espace qui semble essentiellement tourné vers la productivité fonctionnelle. Les individus, et principalement le look, semblent alors être la seule marge permissive pour l’excentricité. Car il me semble qu’à Berlin, on juge beaucoup moins l’allure que dans d’autres métropoles que j’ai pu visiter.

Je parle d’un ensemble de ressentis pour cette ville. En tant que géographe de formation, il est important de rappeler qu’il y a une grande différence entre la sensation personnelle que l’on a d’un lieu et ce qu’il est. Personnellement, j’aime le fourmillement des cités méditerranéennes qui semblent laisser plus de place à la liberté dans les pratiques spatiales. Car elles sont dotées de lieux pour s’arrêter, se poser et sortir ainsi de la toute productivité urbaine. Cet attrait biaise mes imaginaires et me fait apprécier les nombreux restaurants de rue à Berlin, qui servent les currywurst ou les célèbres kebabs berlinois. Ils constituent des formes d’anfractuosités accessibles au plus grand nombre, au sein de l’uniformisation urbaine.

Pour comprendre un espace urbain, il faut des études scientifiques sur ce dernier ; pour établir un ressenti sur l’espace, il faut questionner ses imaginaires, l’explorer et s’interroger sur ce que l’on éprouve vis-à-vis de celui-ci. Néanmoins, c’est par l’ensemble de ces considérations personnelles que se font ces paysages urbains. Car Berlin et les autres villes ne sont pas des espaces donnés, mais des paysages construits par les représentations qui orientent les projets urbains, qui eux-mêmes orienteront nos représentations. Clairement, je ne suis pas un berliner, mais bon, déjà, si j’ai réussi, par mes photos et mon texte, à vous faire voyager et vous interroger sur certains éléments, c’est déjà pas mal : c’est brique par brique qu’on abat et qu’on construit les murs.

Merci d’avoir pris le temps de découvrir une sélection de mes photos. N’hésitez pas à explorer le reste de mon portfolio !

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